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Ne pas mettre les enfants en échec ... grâce aux Dames

Ne pas mettre les enfants en échec ... grâce aux Dames

Dans le cadre du dispositif d’accompagnement scolaire Diapason, le centre social La Bourgogne-Pont de Neuville recherche des bénévoles pour initier les élèves à différents jeux, après la classe. Daniel Poisson s’y adonne avec passion. Ancien professeur d’université, il a dirigé le département mathématiques du CUEPP. Rencontre.

En quoi consiste votre mission ? À la Bourgogne, j’ai initialisé le dispositif consistant à intégrer les jeux dans Diapason. J’y vais tous les jeudis, pour une séance avec des gamins de cours préparatoire. J’ai potentiellement une centaine de jeux, plus ceux qui sont strictement mathématiques. Au début, il s’agit d’en comprendre les règles et les expliquer aux autres. Généralement, les enfants lisent mal et ne saisissent pas les consignes. Deuxième étape : on joue le mieux possible. Et dans un troisième temps, on fabrique le jeu, l’objectif étant que les enfants jouent en famille.

Vous êtes intervenu dans d’autres quartiers ? À La Fabrique et au Virolois, afin de concevoir des outils pédagogiques et de former les animateurs, pour qu’ils prennent le relais.

Les enfants ont bien accroché ? Ça a relativement bien marché. Le solitaire, c’est un jeu qu’ils ne connaissaient pas la plupart du temps. On a fabriqué des patrons, on a découpé, tracé des traits propres. Il y a tout une partie axée sur le soutien scolaire. Le but n’est pas de mettre les enfants en échec. Je les ai initiés au jeu de dames, avec douze pièces au lieu de vingt. On l’a aussi détourné pour jouer à quatre, en équipe. On a également créé un plateau de dames chinoises grand format, pour faire la démonstration, avec du carton et du tissu. Je prends ce que j’ai sous la main.

« On n’a pas le monopole des jeux intelligents »

Vous avez créé un jeu de dames avec des bouchons en plastique… L’idée est d’aller contre la société de consommation. Fabriquer des jeux avec des choses qu’on allait jeter. Après, il y a d’autres pistes, comme les jeux coopératifs, les jeux dans le monde. On peut créer des choses plus jolies, mais dans ce cas ça devient un atelier.

D’où vous vient cet intérêt pour le jeu ? Au CUEPP, qui avait une éthique d’éducation permanente, j’ai enseigné les mathématiques à des adultes à faible niveau de qualification. Quand le CUEPP a restructuré ses activités, j’ai pu récupérer ce fonds, qui aurait été perdu. J’avais travaillé avec mes petits-enfants. Moi-même, j’ai beaucoup appris en jouant avec mon grand-père. Je joue aussi avec ma petite-fille, qui s’est prise au jeu de fabriquer des jeux, elle aussi ! Cette notion intergénérationnelle est essentielle.

Quel est votre objectif ? Rendre les animateurs autonomes. Je pense pouvoir réussir, ils s’y sont mis. J’ai aussi envie de montrer qu’il existe des jeux différents dans tous les pays du monde. On n’a pas le monopole des jeux intelligents. J’aimerais trouver un parent d’élève qui saurait jouer à des jeux africains. J’ai été très surpris que des Roms sachent jouer à la marelle. C’est aussi introduire une certaine forme d’interculturalité.

«Le jeu permet aux enfants de canaliser leur énergie»

Tous les soirs après l’école, après les TAP (temps d’activités périscolaires), 90 élèves (issus de trois écoles, Camus, Claudel et Sainte-Clothilde) se retrouvent, chaque semaine, au centre social de la Bourgogne-Pont de Neuville. Au programme : d’abord les devoirs. Ensuite, place au jeu, activité développée depuis un an. « Certains savent déjà jouer, d’autres pas, mais tous peuvent s’améliorer, constate Ali Fradj, animateur de Diapason. On leur montre la stratégie. S’ils jouent à plusieurs, ils doivent apprendre à communiquer. À ne pas faire leur loi. En fait, on les prépare pour l’avenir, pour qu’ils se débrouillent seuls. »

Qu’enfants et parents jouent ensemble

Ce lundi-là, c’est partie de dames pour tout le monde. Lina, 8 ans, tente une manœuvre proscrite par les règles du jeu, se reprend aussitôt. « À la maison, je joue aux dames avec mon père, qui sait jouer, et ma sœur, que j’essaie d’aider ». C’est précisément l’objectif de l’initiative. « À long terme, ce ne peut être que positif, estime Sabria Mekhannene, coordinatrice de Diapason. Le jeu permet de travailler tout le raisonnement, la vision dans l’espace, la concentration. Les enfants ont du mal à tenir en place, à canaliser leur énergie. L’année dernière déjà, on voyait la différence entre le moment où ils arrivaient et celui où ils partaient. »

Sabria Mekhannene espère créer un club destiné aux enfants mais aussi aux parents, pour jouer ensemble aux dames et aux échecs : « C’est le prochain défi à relever. »

Diapason, c’est quoi?

Le dispositif Diapason est un programme expérimental qui se manifeste de façon unique à Tourcoing par le maillage des écoles et des centres sociaux, mais qui existe dans d'autres académies sous d’autres formes. La complémentarité entre les enseignants, garants de l’approche pédagogique des ateliers, et les travailleurs sociaux, forts de leur proximité avec les familles, permet à des écoliers d’éviter l’échec scolaire en acquérant, de façon ludique, une méthodologie de compréhension et d’apprentissage.

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